Entre douleurs et souffrances

La douleur est une donnée de la condition humaine, tout le monde y est confronté à un moment ou à un autre. Impossible d’échapper ne serait-ce qu’à un mal de dos, à une migraine, une angine, une écorchure, une brûlure, une chute. Et, paradoxe, parfois pour soigner la maladie ou la plaie il faut encore avoir mal. Pourtant, son paradoxe est d’apparaître toujours comme radicalement étrangère à soi quand elle frappe.

Nos sociétés occidentales connaissent de longue date un dualisme entre le corps et l’âme (ou l’esprit). Il y aurait alors une douleur qui serait physique et une souffrance qui serait psychique. Cette distinction oppose le corps et l’homme comme deux réalités distinctes. Mais une douleur qui ne serait que « corporelle » est une abstraction comme le serait une souffrance qui ne serait que « morale ». Qu’elle soit choisie ou subie, il n’existe pas une douleur sans sa perception et sans le sens qui lui est attribuée.

La douleur n’écrase pas le corps, elle écrase l’être humain dans son entier. Même si elle touche seulement un fragment du corps, elle ne se contente pas d’altérer la relation de l’homme à son corps, elle diffuse au delà, elle imprègne les gestes, traverse les pensées. Si la douleur restait paisiblement enfermée dans le corps, elle n’aurait guère d’incidence sur la vie quotidienne. Nécessairement elle déborde le corps. Elle est donc vécue comme une souffrance.

Ce numéro explore la pluralité de la douleur, sa dimension historique et sociale, et les jeux complexes de la relation douleur-souffrance, de la douleur imposée par les circonstances (torture, maladies, séquelles d’un accident, douleurs chroniques, etc.) à la douleur choisie (sport, body art, modifications corporelles, etc.).

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