Parution :

Strasbourg,
carrefour des sociologies

La capitale européenne a joué un rôle historique tout à fait original dans la construction, entre France et Allemagne, des grands courants de la sociologie.


Ville universitaire frontière, Strasbourg joue depuis plusieurs siècles un rôle de pont, mais aussi de citadelle, entre les traditions scientifiques françaises et allemandes. Ce rôle a été renforcé par la situation particulière d'une région disputée lors de trois guerres, et qui est passée à quatre reprises, en 75 ans, d'une appartenance nationale à une autre. La volonté politique des gouvernements successifs, allemands et français, d'ancrer l'Alsace dans leurs espaces respectifs, les a conduit à investir Strasbourg d'une signification tout à fait originale en tant que pôle scientifique et universitaire. Ces enjeux ont dessiné une géographie politique de la recherche et de l'enseignement universitaires qui ont inévitablement marqué, davantage que d'autres disciplines, les sciences sociales naissantes de l'époque. Les divergences théoriques expriment aussi des différences de culture, de sensibilité, des conceptions spécifiques du rôle de l'individu dans la société, des rapports contrastés à la figure de l'État.

La science, on le constate à cette occasion, n'est pas autonome. Berlin aussi bien que Paris investiront pour faire de Strasbourg une place forte, militaire mais aussi universitaire. L'Université impériale fondée par Guillaume II dès le lendemain de la guerre franco-allemande de 1870-71, sera dotée de moyens considérables pour arrimer le Reichsland dans les cadres de pensée de la nation allemande. Et l'Alsace-Moselle une fois redevenue française en 1918, Paris ne pourra pas moins faire que de confirmer ces moyens : jusqu'en 1945, Strasbourg sera l'une des deux seules universités françaises, avec la Sorbonne, à disposer d'une chaire de sociologie.

Au cours de la période d'un siècle que couvre en gros ce numéro, Strasbourg est, au sens stratégique du terme, un “théâtre d'opérations” : les antagonismes qui vont organiser durablement la sociologie entre des épistémologies différentes (sciences de la nature vs. sciences de l'homme), entre des méthodes (qualitatives vs. quantitatives), des niveaux d'approche (macro vs. micro), des perspectives (orientées système vs. orientées acteur) également différents trouvent leur répondant dans les fractures du monde de l'époque, entre Allemagne et France, entre la capitale (qu'elle soit berlinoise ou parisienne) et la ville de province, entre les universitaires “parachutés” et l'irrédentisme local qui leur donne matière à infléchir leurs idées. On découvre ainsi que l'émergence d'une discipline n'est pas un phénomène purement scientifique, résultant du dialogue raisonné entre des acteurs désintéressés œuvrant de conserve à l'avancée des connaissances : c'est également un processus conflictuel, qui relève d'une véritable polémologie des champs de connaissances.

À l'heure où le système français de recherche est en pleine restructuration, ce numéro 40 de la Revue des sciences sociales éclaire judicieusement le présent par l'exploration des conflits passés.






Avec le concours de nos partenaires :

     

 

 

 




Revue publiée par la Faculté des Sciences Sociales de l'Université Marc Bloch (Strasbourg 2) et le Laboratoire "Cultures et Sociétés en Europe" (UMR UMB/CNRS n° 7043)

Revue bénéficiant de la reconnaissance scientifique du CNRS

ISSN 1623-6572

Directeur scientifique
Freddy Raphaël

Rédacteur en chef
Patrick Schmoll

Comité scientifique
Georges Balandier (EHESS Paris), Chantal Bordes-Benayoun (CNRS Toulouse), Raymond Boudon (GEMAS Paris), Christine Burckhardt-Seebass (Univ. Basel), Jean Cuisenier (MNATP Paris), Giovanni Gasparini (Univ. Sacro Cuore, Milano), Jose Carlos Gomes da Silva (Portugal), François Héran (INED Paris), Utz Jeggle (Univ. Tübingen), Nicole Lapierre (Paris), Marianne Mesnil (Univ. Libre de Bruxelles), Sonia Montecino (Univ. de Chile), Jean Rémy (Univ. Cath. de Louvain), Dominique Schnapper (EHESS Paris), Alain Tarrius (Univ. Toulouse-Le Mirail), Alain Touraine (CEMS Paris)

Comité de rédaction
Isabelle Bianquis-Gasser (Univ. Tours), Maurice Blanc (UMB), Anny Bloch (CNRS Toulouse), Marie-Noële Denis, Nicoletta Diasio (UMB), Brigitte Fichet (UMB), Philippe Hamman (UMB), Geneviève Herberich-Marx, Pascal Hintermeyer (UMB), Claude Javeau (Univ. Libre de Bruxelles), David Le Breton (UMB), Juan Matas (UMB), Roger Somé (UMB)

Équipe iconographique
Denis Guesnier, Vincent Hans, Aline Mathy, Cathy Reibel, Denis Steinmetz

Maquette
Couverture : Andromaque
Cahiers intérieurs : Ersie Leria, Université Marc Bloch

Administration, diffusion
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Catherine Kientz,
Luc Landelle
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