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Que devient la figure de l'étranger, dans une société mondialisée, dont les frontières se brouillent et qui n'a plus d'extérieur ?
Cette fonction sociale particulière de l'étranger, à la charnière de deux mondes dont il assure la communication, se joue aujourd’hui dans un cadre mouvant, en une époque où les frontières politiques se modifient. Le cadre de l’Union européenne permet de poser la question de la place que peuvent prendre la nationalité, que Simmel évoque comme trait de similitude, et de cette nouvelle citoyenneté parmi l’ensemble des registres de proximité potentielle. Les autres Européens nous sont-ils désormais moins étrangers ? Les étrangers extra-européens ne deviennent-ils pas deux fois plus étrangers, voire éventuellement hostiles, menaçants ? Ne sont-ils pas même parfois placés au-delà de l’humain, ceux à qui l’on ne reconnaît pas, toujours selon Simmel, « les attributs généraux, ceux que l’on prête à l’espèce ou à l’humanité, que l’on refuse aux autres ». C’est à cette frontière là que se situe le déni de l’accès aux droits de l’homme qui est imposé aux déboutés, refoulés, reconduits en grande violence, symbolique et physique. Ce sont les étrangers avec lesquels on ne veut plus avoir de rapports. Nous sommes encore loin de la vision de Kant dans son Projet de paix perpétuelle, qui envisageait un droit de visite reconnu à tout étranger, une hospitalité universelle fondée sur un « droit de commune possession de la surface de la terre ». Pourtant, la mondialisation pose le problème d'un univers humain qui n'a plus d'extérieur. Par ailleurs, notre monde a tendance à s'homogénéiser : références culturelles, modes de vie, généralisation de l'économie de marché brouillent les différences nationales, et favorisent les replis sur des références plus locales. En même temps, l'individualisation multiplie les possibilités d'appartenance à des groupes différents, affaiblissant la consistance et les frontières des collectifs. Si l'étranger simmelien est défini par son appartenance à un groupe où il n'a pas vécu depuis le début, alors la condition d'étranger, jusque là associée à l'idée que ce dernier est minoritaire, se généralise : en tout cas, chacun en a forcément fait l'expérience à un moment de sa vie, rendant l'étranger moins étranger, mais peut-être pas moins étrange…
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Revue publiée par la Faculté des Sciences Sociales de l'Université de Strasbourg et le Laboratoire UdS/CNRS "Cultures et Sociétés en Europe" Revue bénéficiant de la reconnaissance scientifique du CNRS ISSN 1623-6572
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